Meriam Mastour, co-fondatrice Les Foulards Violets

L’obsession de certain-es député-es genevois-es contre les femmes musulmanes

par | Fév 11, 2026 | Prise de position | 0 commentaires

En Suisse, l’un des sujets préférés de certains et certaines politicien-nes est… le voile. C’est un phénomène très intéressant à observer. Le cas de Genève est peut-être le plus curieux. Certaines personnes au sein de ce canton qui est, se dit, se veut et se vante d’être international, se battent corps et âme contre… le port du foulard à la piscine, au parlement et au travail (partout, quoi).

Plusieurs phénomènes sont fascinants:

Je nommerai le premier « déni de démocratie »

  • L’interdiction du foulard au parlement avait déjà été statuée dans une loi en 2019, puis invalidée par la justice. En effet, les parlementaires représentent le peuple et ne représentent pas l’Etat. Une citoyenne doit pouvoir se présenter comme elle est pour participer au débat public. Pourtant, fin 2025, le parlement genevois décide à nouveau et à la surprise générale d’interdire le port de signes religieux au parlement (entendez: interdire le port du foulard). Le peuple devra donc à nouveau voter sur ce point dans les prochains mois. Pourquoi? Qu’est-ce qui peut justifier cela, au moment où à Genève il n’y a AUCUNE élue qui siège en portant un foulard?
  • Les communes du canton de Genève ont la prérogative de gérer leurs infrastructures sportives comme elles le souhaitent. De plus en plus de communes, à l’instar de la Ville de Genève en 2023, ont décidé d’adopter des règlements inclusifs, qui n’excluent pas les maillots couvrants dans les piscines. En 2024, le parlement du canton de Genève avait déjà tenté de saper la prérogatives des communes en disant « c’est moi qui décide, j’interdis le burkini sur tout le canton! « . Ca avait été refusé. 2026 rebelotte: demain jeudi 12 février, le parlement cantonal genevois va voter pour interdire le burkini sur tout le canton et de facto retirer aux communes la faculté de décider comment elles gèrent leurs infrastructures. Quel acharnement !
  • Lors de la votation en Ville de Genève en 2023, plus d’un millier de signatures ont été récoltées en quelques jours pour dire OUI à des bains inclusifs, en plus de la signature d’associations féministes, contre la grossophobie, contre l’islamophobie, contre la transphobie et pour les droits humains. Depuis, une « Coordination pour des baignades inclusives » a été créée, qui regroupe des associations pour les droits humains, féministes, antiracistes, de personnes juives, musulmanes, LGBTIQ, migrantes. Une très large part de la société civile et personnes concernées. Ces voix font de leur mieux pour être entendues à chaque étape, mais ne sont que rarement consultées. Elles n’ont par exemple pas été consultées pour la nouvelle votation burkini version 2026.

Le deuxième point qui me fascine est le suivant « qui a du temps à perdre? »

  • L’essor de lois et règlementations objectivement discriminatoires crée une quantité de travail impressionnante pour la société civile qui se mobilise. Contester avant la votation, contester après la votation, faire des recours, des pétitions, des argumentaires, des visuels… Quand il s’agit d’un sujet comme le « burkini », pour lequel on sait qu’aucun argument scientifique ne justifie une interdiction en termes de sécurité ou d’hygiène, c’est quand même énervant. Qui a ce temps ? En tant que société civile, on a l’impression que le parlement cantonal genevois se moque de la population du haut de sa tour d’ivoire. L’UDC propose de mettre une amende pénale si un maillot est trop long ? Mais oui votons, Genève a besoin de ça! Le Centre arrive derrière pour proposer un projet édulcoré qui retire l’aspect pénal mais laisse la discrimination et le profilage racial. Allons-y c’est super important! Il n’y a aucun argument scientifique pour appuyer tout cela ? Pas de soucis ! Nous avons le pouvoir et nous faisons ce que nous souhaitons.

Qui a ce temps ? Quel est le mandat des député-es? Quelle diligence dans le traitement des sujets de débat ?

En 2025, le centre suisse islam et société (CSIS) de l’Université de Fribourg a sorti une étude sur le racisme anti-musulman en Suisse qui démontre par A+B qu’il s’agit d’un racisme généralisé et dans toutes les sphères de la vie. Genève y participe grandement, et consciemment, c’est d’ailleurs le seul canton de Suisse qui interdit le port du foulard aux fonctionnaires. Grand suspense pour la votation de demain. Et si ça passe, eh bien la société civile devra encore prendre du temps qu’elle n’a pas, et se mobiliser !

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